C'est quoi, au juste, une "économie de guerre" ? | TF1 INFO

LCI - 27/03
[VIDÉO] Depuis l'invasion russe de l'Ukraine, Emmanuel Macron n'a cessé de répéter que la France doit entrer dans "une économie de guerre" pour faire face à de futures menaces. Cela suppose la mobilisation de l'ensemble de l'économie vers les besoins de l'armée. Une situation dont la France est bien loin aujourd'hui, malgré une accélération de la cadence de production des industries de défense. - C'est quoi, au juste, une "économie de guerre" ? (Sujets de société) - TF1 INFO

Depuis l'invasion russe de l'Ukraine, Emmanuel Macron n'a cessé de répéter que la France doit entrer dans "une économie de guerre" pour faire face à de futures menaces.
Cela suppose la mobilisation de l'ensemble de l'économie vers les besoins de l'armée.
Une situation dont la France est bien loin aujourd'hui, malgré une accélération de la cadence de production des industries de défense.

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Ukraine : deux ans de guerre

"Une industrie en mode économie de guerre". Le 19 janvier dernier, lors de ses vœux aux armées, Emmanuel Macron a réitéré une demande déjà exprimée les mois précédents : procéder au "réarmement" de la France en matière militaire. L'objectif ? Préparer l'armée tricolore en cas de potentiel nouveau conflit dans les prochaines années. L'appel du président de la République à construire "une économie de guerre" ne date toutefois fois pas de ces dernières semaines. 

En effet, le chef de l'État a répété les mois suivant l'invasion russe de l'Ukraine, en février 2022, la nécessité de mettre en place une telle stratégie pour "pour aller plus vite, plus fort, au moindre coût" face au retour de la guerre en Europe. "Il faudra aller plus vite, réfléchir différemment sur les rythmes, les montées en charge, les marges, pour pouvoir reconstituer plus rapidement ce qui est indispensable pour nos forces armées, pour nos alliés ou pour celles et ceux que nous voulons aider", soulignait en juin 2022 Emmanuel Macron, faisant déjà appel au terme d'"économie de guerre". Mais au fait, que signifie vraiment ce concept ?

Mobiliser l'ensemble de l'économie vers les besoins de l'armée

L'économie de guerre renvoie à la mobilisation totale de tous les secteurs de l'économie d'un pays pour répondre aux besoins du secteur militaire. "L’État, la nation, va réorganiser toute son économie dans un but précis : celui de faire la guerre, indiquait Joséphine Staron, directrice des études du think tank Synopia, dans une vidéo de l'Iris (Institut de relations internationales et stratégiques) publiée l'an dernier. Cela implique de se réarmer, comme l’Allemagne nazie, en 1936, qui va réorganiser le IIIe Reich dans cet objectif. On peut aussi penser au Victory Program, mis en place en 1942 par les États-Unis pour remettre en marche l'industrie américaine dans un objectif de réarmement."

L'expression d'"économie de guerre" a été pour la première fois utilisée au début de la Première Guerre mondiale. Les pouvoirs publics imposent alors aux patrons et industries toute une série de mesures pour soutenir l'effort de guerre, alors que le conflit vient tout juste de commencer. Réquisitions, rationnement de la consommation, prélèvements de certains produits...

"Dans ce cadre, l’État met sous tutelle une grande partie des entreprises et des ressources pour les intégrer dans une planification autoritaire afin de garantir aux armées la disponibilité des moyens dont elles ont besoin”, résume Renaud Bellais, codirecteur de l'Observatoire de la Défense de la Fondation Jean-Jaurès, dans une note publiée en octobre 2022.

Une "économie de guerre" toujours incomplète

Aujourd'hui, la France semble bien loin d'être entrée d'une économie de guerre telle que plusieurs pays l'ont connue par le passé, notamment lors des deux conflits mondiaux. Pour preuve, rappelle Renaud Bellais, au plus fort de la guerre 39-45, les États-Unis consacraient 37% de leur produit intérieur brut (PIB) et 90% des dépenses fédérales du pays au secteur militaire. En comparaison, sur l'ensemble de l'année 2024, les dépenses de la France en la matière atteindront... 2% du PIB, soit l'objectif fixé par l'Otan à ses membres depuis 2014. D'autre part, la mobilisation de l'ensemble des industries françaises au bénéfice de l'armée n'est pas non plus une réalité pour le moment.

Ce décalage entre la vision historique d'une économie de guerre et la situation actuelle en France est explicitée par Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l'Iris, dans une tribune publiée sur le site du ministère des Armées. "[L'emploi du terme d'économie de guerre ne veut pas dire que les Français sont en guerre et que toute notre économie doit basculer pour soutenir un effort de guerre, assure le géopolitologue. Cela ne concerne qu’une partie de nos industries d’armement qui doivent fournir davantage de matériels nécessaires, et plus vite. Or, cette tâche n’est pas si aisée."

Je n'exclus pas (...) de faire des réquisitions
Sébastien Lecornu, ministre des Armées

Le gouvernement encourage donc les industriels de la défense à accélérer la production d'équipements militaires pour répondre aux objectifs fixés par la loi de programmation militaire 2024/2030, adoptée l'an dernier. Ce texte prévoit une forte augmentation du budget des armées d'ici à 2030, avec 413 milliards d'euros d'investissements à cet horizon. Pour ce faire, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a d'ailleurs affir...
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